Le storyboard
Par Gisles le jeudi 28 février 2008, 12:46 - Cours audiovisuel - Lien permanent
Le storyboard est la naissance sur le papier de tout ce que le scénariste envisageait au préalable, mais sous une forme rédigée. Il est à la fois un aboutissement du scénario et un commencement au film.
Le storyboard est une étape clef Cette étape est également une relecture du scénario. Elle permet de se rendre compte des éventuelles erreurs cachées dans le scénario. C'est une étape de sélection des effets du scénario. En effet, certaines modifications sont nécessaires lorsque l'on voit les premiers storyboard. Ce peut être un ajout de personnage pour accentuer l'effet dramatique, le remplacement d'objet... Autant de détails qui n'étaient pas présents dans le script de base, mais qui servent la narration et la rendent plus vivante. Il sert aussi à guetter les réactions des lecteurs "test". Le storyboard est utile à tous les degrés de production. Il offre à la lecture tous les éléments constitutifs d'un projet cinématographique. Il est un document auquel tous les intervenants peuvent se reférer si besoin est, à chaque étape de la production.
Les stades de développement du storyboard apportent différents degrés crayonnés de détail. Les trois termes principaux sont les thumbnails, les breakdown, les layouts.
Les thumbnails
Le but de ces esquisses est d'offrir une vision synoptique de l'enchaînement des séquences et des plans. Les personnages sont généralements dessinés sous forme de "bonhomme patate" ou en "fil de fer". Inutile d'être un grand dessinateur pour se livrer à cet exercice. De nombreuses indications textuelles entourent en général les thumbnails, le tout visant à expliquer ce qui se passe, à vérifier que toutes les informations sont biens présentes.
Les breakdowns
Les personnages, placés de manière sommaire sont souvent encore dessinés "en fil de fer", mais certains visages et certains gestes, importants pour l'histoire sont plus travaillés. La fonction des breakdowns consiste à définir ou sont placés les différents éléments (personnages, mouvements, cadrages, profondeurs...) et non de les détailler, ni même de bien les dessiner. Dans le vocabulaire des animateurs de dessins animés, il s'agit en quelque sorte d'un pédécoupage ou tous les éléments sont là mais pas suffisamment appuyés.
Les layouts
Les layouts sont la partie éditable du storyboard. Ils sont souvent réalisés à l'échelle du dessinateur et donnent les informations essentielles qui ne seront plus modifiées. Les personnages, les décors, l'éclairage, les costumes et accessoires sont posés de manière définitive. le cadrage et le hors champ.
Le cinéma est une succession d'images qui sont autant de cadrages d'instants sélectionnés. Cette sélection s'effectue au sein du déroulement des images, choix du moment à représenter), mais aussi dans l'ensemble de la scène. C'est comme si, au milieu d'une scène de théâtre, on décidait de ne représenter que l'un des acteurs et d'exclure les autres, ou une partie du décor de l'image.
Définition du cadrage
Le "cadrage" s'applique ainsi parce que l'opération consite à construire un cadre qui définit le haut, le bas, la droite et la gauche, autour de que l'on va représenter. Un peu comme une toile tendue...

Les Sabines aussi intitulé l'Intervention des Sabines est un tableau peint par Jacques-Louis David entre 1795 et 1799.
Le cadrage consite donc à définir quels sont les éléments que l'on va placer dans l'image : l'ensemble de la scène: ou bien certains personnages choisis, une partie du décor; ou un seul personnage; ou encore une partie de ce personnage, du décor, d'un objet.
Le cadrage est lié à l'angle de vue, mais ce n'est pas tout à fait la même chose. Faire un cadrage sur le héro, cela veut direr placer le héro au sein de l'image, pas nécessairement au centre, en excluant les autres personnages. Mais il existe plusieur manières de cadrer ce héro : en pied, en plan américain, en plongée, en contre plongée, etc.
Dans un story board, il est conseillé de préciser le cadrage, l'angle de vue, le mouvement de caméra... L'Etablishing Shot, prises de vue de décor ou d'exposition, est un terme américain de début de séquence dont la fonction est de situer le lieu et le décor de l'action. Souvent ce sont des angles larges ou des cadrages panoramiques.

Indication de mouvement de caméra le long de la coques du navire en baie des côtes irlandaises. Titanic est un film américain réalisé par James Cameron sorti en 1997. Il raconte l'histoire de deux passagers du paquebot Titanic. L'une, Rose, est une passagère de première classe qui tente de se suicider pour se libérer des contraintes imposées par son entourage, et le second, Jack, est un vagabond embarqué à la dernière minute en troisième classe pour émigrer aux États-Unis.
Définition du hors champ
Par un jeux de soustraction, ce qui est représenté dans l'image met en valeur ce qui en est exclue. Par exemple dans une scène mettant en présence plusieurs personnages, si vous cadrez sur l'un d'entre eux, cela implique que les autres sont exclus de l'image. Ce qui n'empêche pas une interaction entre le personnage montré et le personnage caché qui peuvent discuter ensemble. C'est ce que l'on appelle le "hors champ", c'est à dire des éléments sortis de l'image, mais qui gardent une importance dans l'histoire. L'acteur est amené par le procédé hors champ à détailler l'expression et l'attitude du personnage représenté, pour accentuer le rapport avec les éléments cachés.
Le non-dit
Le cinéma fonctionne énormément sur le hors champ. Des scènes de discussion à table, jouant sur le champ/contrechamp, utilisent implicitement le hors champ : on cadre sur le personnage A, le personnage B étant hors champ, puis on cadre sur le personnage B, le personnage A passant dans le hors champ. Cela fonctionne d'autant mieux que le réalisateur a fait un cadrage général présentant le déor et la place qu'y occupent les personnages. Donc, le spectateur reconstitue automatiquement l'ensemble de la scène, même si une grande partie n'est pas à l'image. L'etablishement shot facilite l'acte de lecture.

King Kong est un film américano-néo-zélandais réalisé par Peter Jackson, sorti en 2005. Dans les années 1930, Carl Denham, un jeune réalisateur ambitieux, envisage de réaliser un film sur une île mystérieuse.
Penser hors champ
Garder à l'esprit la notion de hors champ facilite grandement le travail du dessinateur. avoir conscience de ce qui sera représenté, c'est bien, mais avoir conscience de ce qui entoure cette représentation est essentiel. D'abord, spacialiser personnages, décors et objets, permet de donner au personnage représenté une allure et une attitude qui conviennent dans le récit. Mais placer le hors champ permet d'éviter bien des erreurs de cadre. Lors de repérage et prise de photographie, prener des acteurs témoins mis en situation dans le décor, photographier les en situation dans le décor sous toutes les coutures, c'est à dire dans tous les plans qui peuvent être nécessaire, contre plongée, en pied, etc., de retour chez vous travailler le cadre et la mise en image. Cette méthode fait continuellement ses preuves.

Champ contre champ dans la même prise par le retour caméra dans le téléviseur. Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain est un film français réalisé par Jean-Pierre Jeunet et sorti en 2001. Il s’agit d’une comédie romantique écrite par Jeunet et Guillaume Laurant avec Audrey Tautou dans le rôle-titre. Le film est une représentation originale et parfois idéalisée de la vie contemporaine à Paris dans le quartier de Montmartre.
Le story board
Un story board de long métrage demande des milliers de dessins, accompagnés de notes. Le storyboard présente des images au format identique, accompagnées d'annotation pour le mouvement de caméra, durée, effets, éclairages, son, etc.
A la différence de la bande dessinée dont la taille des case varie ainsi que la longueur du texte au sein de ces cases. La représentation du temps qui passe dans l'histoire d'une BD est spatiale. L'écoulement du temps au cinéma est temporel. Comme le faisait remarquer Franck Miller, auteur de Sin City, Hard Boiled Give me liberty, ou de 300, la planche de BD est verticale, alors que l'écran de cinéma est horizontal, surtout en cinemascope. cela implique entre ces deux arts originaires du XX° siècles des compositions et cadrages différents. Les outils (images, cadrage et son) sont voisins mais leur utilisation diffère. Le storyboard du film donne des notions de raccord dans l'axe, des logiques de narration qui sont plus lourdes que celles de la BD.
Le story board s'effectue pendant la préproduction, c'est à dire le moment ou l'on prépare le tournage (repérage des lieux, rédaction des plans de travail, etc.). Il sert à visualiser de manière clair et précise les séquences les plus compliquées (cascade, poursuite, accident ou explosion), les plus spectaculaires. Ces séquences nécessitant beuacoup de mise en place et de matériel, il est essentiel que toutes les personnes clefs de l'équipe aient une vision semblable du résultat à obtenir, car certaines prises de vues ne peuvent se faire qu'une seule fois. Il est important de ne négliger aucun détail et que toute l'équipe travaille "dans le même sens". Le storyboard apporte une vision concrète.
Le premier type de storyboard permet de raconter le film dans son ensemble chaque dessin représentant un plan du film. Le résultat final a l'apparence d'une BD et permet une compréhension rapide du travail à effectuer. Néanmoins ce type de storyboard ne contient aucune information "technique" et il sert le plus souvent à la préparation du tournage.
L'autre type de storyboard est dit "technique". Il est conçu de manière à ce qu'un plan corresponde à une page sur laquelle un maximum d'informations sont représentées : images de début et de fin du plan, dailogues des comédiens, information sur la mise en scène (déplacements), mouvements de caméra effectués, effets recherchés, etc. Moins agréable à l'oeil, le storyboard "technique" est néanmoins un outil essentiel dans la préparationd des scènes les plus compliqués. Le storyboard ciné est un outil passant entre les mains de nombreuses personnes et devant être compris par tout le monde. Sa forme est soumise à certaines règles de présentation et les termes techniques utilisés sont issus d'un vocabulaire bien précis.
Le sens artistique d'un dessinateur de BD est un avantage non négligeable dans l'équipe d'un film. En quelques coups de crayon, il peut transposer sur le papier la vision du réalisateur, mais aussi y apporter sa propre créativité, son propre univers, et nourrir cette vision de nouvelles idées.
Dans le Titanic de Cameron et King Kong, les deux héros meurent à la fin. Dans le titanic, la dépouille du héro sombre dans les abysses de l'océan glacé : la version liquide. Tandis que le géant King Kong plonge dans le vide en longeant l'Empire State Building : la version aérienne. Voici, les deux scènes similaires. Comparer les différents plan successifs apparaîssant dans la séquence.

Vous notez que la mise à l'échelle de la gueule du singe et de l'actrice aurait été complexe dans le cadre et peut être voire ridicule dans la dramatisation. Aussi, alors que la caméra est fixe lors de la plongée du cadavre dans l'eau. Celle qui filme King Kong pivote sur elle même et autour de l'axe verticale du batiment. Pour aller plus loin, comparer les musiques... Mais, l'action dramatique demeure inégale entre ces deux séquences. La bête ayant quitté la belle, le prince vient à la consoler. La belle, pas la bête. Tout juste, si il ne lui apporte pas ses chaussons. Dans le Titanic, la belle doit se prendre en charge et faire preuve de courage pour sortir du guepied pôlaire (encore un axe !).
Le travail du réalisateur est de trier ces idées, garder les meilleures et éliminer les autres, afin que le film avance dans la direction qu'il souhaite lui donner. Le dessinateur de BD est un "concepteur", il fait des essais, cherche des influences, fait des centaines de croquis. Cette force de travail est essentielle dans l'étape de "conception visuelle d'un film.
Le séquencier
Un film est fait de séquences dans lesquelles sont insérés des plans. Les séquences contrôlent le rythmes du récit et donnent les informations clefs au spectateur : Séquence narrative, d'action, de flashback, etc. Chaque séquence est numérotée, titrée en lettre capitale et résumée. Le nombre de vos séquences est proportionnel à la durée de votre film. Plus vous avez de séquences, plus votre film est riche en action mais peut également confondre le sens de lecture du spectateur.
La règle des trois unités, qui définit le théâtre classique du XVII° siècle, a encore son influence sur les narrations modernes. On peut s'en servir pour définir les séquences. L'unité de temps impliquait que l'action ne dût dépasser une "révolution de soleil", comme le spécifiait Aristote, soit une demi-journée ou une journée. L'unité de lieu imposait que l'action dût se dérouler dans un même lieu. Et l'unité d'action obligeait que tous les évènements dussent être liés et nécessaires.

Scène de duel final. Le Bon, la Brute et le Truand (Il buono, il brutto, il cattivo ou The Good, the Bad and the Ugly) est un western spaghetti réalisé par Sergio Leone en 1966.
Chaque séquence répond aux trois unités, l'action se déroule dans un lieu et un temps définis. dans un scénario de film, c'est le changement de lieu ou de temps qui définit le changement de scène. Les changements de personnages servent souvent de rupture. L'arrivée d'un nouveau personnage définit une nouvelle action, donc une nouvelle séquence.
La projection multiscreen
Mots clefs : Montage alterné, intrication serré, split screen, écran cellulaire, écran fragmentée, connexion, déconnexion, co-présence, communication instantané.
Le storyboard prend l'apparence d'une ébauche de BD. Certains films comme Requiem for a dream, n'hésite pas à multiplier les cadres d'une même action simultané dans le même écran. Nous pouvons également faire référence au générique de la série télévisée "Amicalement vôtre..." La division de l'écran de projection donne un esprit de lecture typique de la Bande Dessinées. Le cinéma est un récit temporel alors que la bd est un récit spatial par l'ordre d'importance de ces cases, des longueurs de textes, etc. L'ajout de différents plans simultanés dans une projection, propose également dans l'action une lecture spatiale au spectateur.

Le bon, la brute et le truand de Sergio Leone. Montage fictif multi-ecran
Il est à noté que malgré la diversité des tailles des personnages, la mise en relation des protagonistes est toujours cadrée à hauteur des yeux. Le respect de la règle des tiers aide également à la composition de l'image.
La bande dessinée s'est enrichit de découpage et de montage de case dans la segmentation du récit. Il est généralement définit des suites de lecture de trois cases en horizontales ou verticales comme mètre étalon. Ce nombre peut être porté à quatre. En voici, quelques exemples :

Montage en série d'un spot d'actualité. King Kong, la crise de 1929 à New York

Superposition simple.Montage fictif. 300 est un film américain réalisé par Zack Snyder et sorti en 2007. Tiré du roman graphique de Frank Miller, 300, il donne une vision fantastique de la bataille des Thermopyles en -480.

Superposition en strate. Montage fictif 300, film issu de la bande dessinée de Frank Miller
Nous pouvons noter une erreur de montage. En effet, pour appuyer l'exemple, j'ai opté sur le sens de la flèche, un signe supplémentaire qui ajoute un poids au sens de la lecture de gauche vers la droite. Voyez-vous que le lanceur est gaucher et que la lance passe également à gauche de la cible. Les images ne sont pas d'origines, elles ont été transformées par un pivotement horizontal. La correction lors du montage est impossible, les prises de vue ayant été faites. De plus, il n'est pas évident de demander à un acteur de devenir gaucher s'il ne l'est pas. Enfin, si le lancé dans ce sens de la lecture aurait été pratiqué par un droitier, toutes l'expression de haine dans l'effort de l'acteur aurait été masquée par son bras et la lance. Ce genre d'erreur peut s'avérer flagrant lors de la mise en place d'un storyboard.

Incrustation en série. Montage fictif 300 film issu de la bande dessinée de Frank Miller

Superposition hierarchique. Montage fictif 300 film issu de la bande dessinée de Frank Miller
Le storyboard est au cinéma comme le crash test est à la construction automobile. Cela vous permet de dénicher les ennuis techniques car il est toujours plus facile de refaire un brouillon qu'un film. Mais les hasards de la vie font parfois des merveilles et apportent des évènements qui ne pourrait être prévue dans un storyboard. Sans bousculer votre structure, ils apporteront des éléments nouveaux. Faîtes part de créativité avec les impondérables.