Le débat sur la lecture des codecs vidéo par les balises HTML5
Par Gisles le mercredi 15 juillet 2009, 15:00 - OpenSource - Lien permanent
Audiovisuel Les nouvelles balises vidéo apportées par le HTML 5, validées par le W3C, apportent de nombreuses fonctionnalités. On peut lister celles notamment de fournir les outils de navigation fondamentaux tel que la lecture, l'arrêt, et le menu contextuel par un clique droit qui permet entre autres d'« enregistrer sous ». Si l'on y ajoute des fonctions JavaScript avancées, il apparaît des solutions de montage vidéo, de détections de mouvement, de reconnaissances faciales...
Cependant, par la controverse des formats ouverts et fermés en vidéo, un débat apparaît.
NdM : cet article est une traduction partielle de « Decoding the HTML 5 video codec debate » de Ars Technica
Quels codecs vidéos peuvent être visionnés et dans ce cas quel est le coût des licences pour un diffuseur de contenu sur Internet ?
Le marché concurrentiel des navigateurs Internet a offert un environnement où les standards du Web normalisés peuvent s'épanouir. La prochaine version HTML du W3C est la norme HTML 5. Bien que ce nouveau standard soit toujours à l'état de projet, les navigateurs Safari d'Apple, Chrome de Google, Opera d'Opera Software et Firefox de la Mozilla Foundation l'ont déjà largement adopté.
L'une des nouvelles intégrations au standard est l'apparition de la vidéo. Cette énorme nouvelle devrait permettre de visionner des vidéos sans avoir recours à l'omniprésence du lecteur Flash (Lecteur plus ou moins bien supporté par les plates-formes Linux et Apple). Le W3C prévoit la lecture des codecs H.264 soumis à licences, et des codecs OpenSource Ogg Theora et Dirac. Le plus grand défi qui se présente actuellement est de trouver un consensus sur le standard du codec à intégrer. La norme HTML 5 est, suite à ce débat, dans l'impasse. Apple et Google penchent vers le support du H.264. Alors que Opera et Mozilla plaident pour le support de Ogg Theora. Google annonce cependant le support des deux codecs. Apple est donc le seul fournisseur à ne pas soutenir le Ogg Theora. Le W3C, de ce fait, a retiré les deux sous-sections dans les spécification des codecs HTML 5, laissant la réponse à la question indéfinie. Il laisse libre cours aux différents navigateurs le choix d'intégrer leur codecs.
Ogg Theora est un format ouvert qui est indépendant de tous brevets. Il est distribué en OpenSource et est développé par la communauté non-commerciale Xiph.org, soutenue financièrement par la Fondation Mozilla. Ogg est largement soutenu par la communauté OpenSource car il peut être redistribué librement, sans exiger de frais de licences.
H.264 est un codec vidéo très performant et maintenu par le Consortium Movie Picture Experts Group (MPEG) dans le cadre du format MPEG-4. Il devient le support dominant de transmission de la vidéo en streaming et par support optique. Il offre la qualité visuelle de la norme MPEG-2 des DVD en utilisant la moitié des ressources d'un réseau. Le Consortium MPEG gère les licences des brevets de différentes sociétés qui couvrent les algorithmes de compression H.264 et des logiciels de réalisation pour ce codec. Pour utiliser ces formats, des frais de licences sont prévus.
Débats sur les brevets
La dépendance aux licences des brevets indiquent clairement que le codec H.264 ne peut être distribué librement. Ainsi les navigateurs OpenSource tel que Firefox ne peuvent l'intégrer. Opera annonce également que les frais des droits de licences sont trop élevés. Ces deux navigateurs penchent pour l'utilisation de Ogg Theora comme une porte de sortie face à la barrière des licences.
Apple s'oppose à Ogg Theora en prétendant que son utilisation pourrait être tributaire de certaines licences cachées. Apple met également en avant le manque de matériel de diffusion le supportant, tel que les appareils de téléphonie mobile. Google fait part, comme Apple, de scepticisme face à ce constat. La qualité de compression de Ogg Theora face au H.264 met ce dernier en tête comme codec de diffusion à grande échelle par des plates-formes comme YouTube.
L'obtention d'une licence H.264 MPEG LA n'est pas aussi exempte de problème. Il est possible qu'un tiers non-membre du consortium puisse réclamer sa part de profit par l'utilisation de technologie de compression connexe. À ce titre, Ogg Theora, bien que libre, pourrait effectivement faire surgir par sa présence sur la grande diffusion les mêmes problèmes. Ces deux codecs ne garantissent pas l'immunité complète des brevets tiers.
Un autre problème est l'ambiguïté de MPEG LA sur la mise en place des collectes de redevances. Ces frais ne seront pas instaurés avant la fin de 2010. Ils concernent la diffusion par l'Internet, la télévision et seront appliqués à chaque pays. Cela peut devenir extrêmement coûteux pour ceux qui diffusent à travers le monde. MPEG LA ne fournit pas d'orientation, de clarification ou d'aperçu sur les droits que fournira la licence d'utilisation. Si la question leur est posée, la réponse est qu'ils ne le savent pas eux-mêmes.
Débats sur l'efficacité de compression
La viabilité de Ogg theora pour les grands sites de streaming vidéo de Google est sa principale préoccupation. Google opte pour que son navigateur Chrome supporte les deux codecs mais préfère H.264 pour son site populaire YouTube acheté en 2006. La réponse à la question des codecs sera déterminée par la direction que prendront les serveurs de streaming vidéo. L'idée que le Ogg Theora est à la traîne face au H.264 est largement surestimée. Notamment en ce qui concerne l'utilisation de la bande passante pour un site comme YouTube qui répond à la demande d'un milliard de flux vidéo par jour. Cependant, par un simple test d'utilisation, Ogg Theora offre des performances comparables et supérieures à certains fichiers que Google diffuse aujourd'hui. Il est certains qu'il n'est pas le plus efficace codec disponible mais en comparaison avec certains codecs utilisés actuellement, il affiche des résultats supérieurs.
Ogg Theora a de nombreux supporters reconnus, comme le deuxième fournisseur de contenu vidéo en ligne après YouTube, DailyMotion et l'encyclopédie Wikipédia. DailyMotion a récemment commencé le processus de conversion de sa bibliothèque vidéo en codecs Ogg Theora qu'il diffuse par la balise vidéo HTML 5. Le site est accessible à l'adresse http://openvideo.dailymotion.com. DailyMotion reconnaît que le flux Ogg Theora comporte quelques lacunes techniques mais est convaincu que c'est la meilleure approche à long terme.
La fondation Wikimedia, fervente partisane des technologies ouvertes et de l'accessibilité à l'information, a déjà soutenu le codec Ogg Theora et ceci bien avant l'apparition du HTML 5. L'organisation collabore avec la fondation Mozilla dans le but de stimuler le développement du codec. Wikimedia offre une large publicité à ce codec et suit également pour des raisons évidentes les processus de développement de Dirac.
Un terrain indésirable
Une solution pourrait être d'intégrer sur chaque système d'exploitation des lecteurs de médias utilisant les balises vidéo du HTML 5. Ce peut être DirectShow sur Windows, QTKit sur Mac OS X et GStreamer sur Linux. Il serait alors possible aux navigateurs de prendre en charge tous les codecs vidéo. D'un point de vue technique, ce n'est pas un problème. Cependant, la cohérence des éléments du HTML 5 en serait fortement perturbée. Mozilla est fermement opposé à cette approche car elle accroît les risques de fragmentation du standard. C'est cependant une solution qui existe déjà suite au débat sur l'utilisation des codecs.
Conclusion
Le W3C n'a aucun intérêt à diviser l'effort de normalisation du HTML 5. Il est regrettable que ce débat risque de faire chuter l'adoption de la nouvelle norme HTML. La principale solution du lecteur Flash dépendant d'une seule société, celle d'Adobe, a encore quelques mois, années, siècles... devant elle, alors que des alternatives de diffusion sont essentielles.
Microsoft n'a fait aucune déclaration sur la mise en oeuvre du HTML 5 ce qui reste un obstacle dans la prise de décision. Peut-être attendent-ils l'expiration des brevets H.264 aux alentours de 2025 ?