Tim Burton à tout le monde?
Par Gisles le mercredi 17 mars 2010, 12:15 - Actualité - Lien permanent
La licence libre est à la mode. Ce cadre juridique qui autorise la copie des oeuvres, et même, sous certaines conditions (voir la charte de la licence ArtLibre), leur transformation, est celui qu’a choisi l’artiste new-yorkaise Nina Pailey pour Sita Sings the Blues, un film d’animation bourré de charme, de piquant et d’originalité qui a été vu dans le monde entier (voir le post consacré à ce film). En France, la licence libre est promue, notamment, par le collectif Kassandre pour qui Internet doit être “abordé comme une réelle opportunité de construire un autre rapport public-artistes”, fondé “sur des valeurs de partage et d’échange”.
En assumant le fait que l’art de la citation, de la récupération, du sampling, est consubstantiel d’Internet et donc de l’époque dans laquelle nous vivons, cette licence libre invite au dialogue entre les oeuvres, en proposant une nouvelle forme d’esthétique collective, relationnelle.
A voir avec l’idée du “cinéma maléable“, que défend Francis Ford Coppola. Il est notamment revenu sur l’idée de “live cinema”, et sur la question du piratage, dans un développement dont vous livre ici, Isabelle Regnier la version longue :
« On ne peut pas combattre le piratage. Les majors s’engouffrent dans la 3D, mais c’est illusoire. Pirater c’est mal, bien sûr. Mais condamner des gamins parce qu’ils s’échangent des fichiers de films est une aberration. Ce n’est pas du piratage! Vous n’allez pas les forcer à payer 20 dollars un DVD ! C’est complètement idiot… Quand le cinéma est né, sa valeur tenait au fait qu’il reproduisait techniquement le mouvement. Voir une locomotive avancer dans une pièce c’était fou ! Aujourd’hui ce qui est excitant c’est de voir Mick Jagger. Ou Foolish Wives de Stroheim avec un orchestre dans la salle. Ou le Napoléon d‘Abel Gance sur trois écrans, avec un chef d’orchestre, comme lorsque mon père en avait fait la musique… Tout le monde voulait y aller! ». Avec les projecteurs numériques, explique le cinéaste, « le cinéma est devenu malléable : le réalisateur peut jouer en live avec ses fichiers numériques. Cela rappelle l’époque où les orchestres tournaient et où les compositeurs n’étaient payés que s’ils étaient chefs d’orchestres. Le metteur en scène de cinéma est un chef d’orchestre. C’est avec cette idée que j’ai imaginé One from the Heart (Coup de Coeur)au début des années 1980. Je voulais pouvoir jouer avec les images de toutes les caméras que j’avais placées sur le plateau. A l’arrivée, je n’ai pas pu faire ce que j’avais prévu. Mais aujourd’hui c’est possible. Les fichiers peuvent être réorganisés différemment à chaque projection, ce qui est un bon moyen de lutter contre le téléchargement! A la sortie du show, vous pouvez distribuer les DVD gratuitement, ou bien les vendre. Les gens seront contents d’en acheter, pour avoir un souvenir, ou pour offrir à un ami. Le cinéma vient du théâtre. Je pense qu’il est prêt à devenir un art vivant ».
L’univers de Tim Burton en est un, qui inspire moulte vidéastes amateurs. Son livre de contes The Melancholy Death of Oyster Boy (1997) a suscité, notamment, une ribambelle d’interprétation :
De la plus littérale……à la plus “MTV”, de la plus fidèle aux dessins de l’auteur…… à une autre encore, en papier découpé :
Rien qui puisse vraiment rivaliser avec la violence expressionniste de série Stainboy par exemple, que le cinéaste a lui-même adapté d’une des nouvelles de son livre, mais cela pourrait arriver. Quand bien même cela n’arriverait pas, ce foisonnement vaut pour lui-même. Comme le signe d’une pensée qui circule, d’une création collaborative, partageable, fertile — ce qui ne signifie pas, comme le prouve l’histoire de Sita Sings the blues , qu’elle ne peut pas être lucrative.
Source : http://cinema.blog.lemonde.fr/2010/03/16/les-bricolages-de-tim-burton-exposes-au-moma